Histoire d'une Cité Médiévale

Dans son "Guide du Touriste" sur Châteauneuf et Vandenesse, l'Abbé Landrot, curé local, écrivait en 1927 :
"Du treizième au dix-neuvième siècle, Châteauneuf fut un bourg important de l'Auxois ; il n'est plus, aujourd'hui, qu'un petit village en ruines." …
En 2000, Michel Barastier, dans son ouvrage « Châteauneuf – Aux vents de l’Histoire », introduisait ainsi le village : « Citadelle enviée et redoutée au temps de la cour ducale, le bourg prospère aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, puis à l’écart des grands courants économiques au XIXe siècle, Châteauneuf, telle la Belle au Bois Dormant, s’est endormi pendant plus d’un siècle et demi pour se réveiller, depuis une trentaine d’années, à l’époque où l’autoroute du soleil s’emparait du vieux château pour toile de fond et où la navigation de plaisance se substituait au trafic déclinant des péniches. De fait, le prince charmant prenait pour noms « Tourisme et qualité de vie »

Riches de tous les ouvrages relatant l'histoire du village au fil du temps et notamment le livre de référence de Michel Barastier « Châteauneuf – Aux vents de l’Histoire » avec l'aimable autorisation de l'Association "Les Amis de Châteauneuf" nous allons tenter de vous narrer l'histoire de notre belle cité médiévale ...

Si Châteauneuf nous était conté ? ….

C'est en 696 que dans des écrits religieux d'Autun apparaît pour la première fois le nom d'un village situé sur l'actuelle commune de Châteauneuf : "Tavignaco". Ce n'est qu'au XIIème siècle, vers 1175, que la construction d'un "Novum Castrum", un "château neuf", fut achevée par Jean de Chaudenay (dont le "vieux" château paternel surplombe encore le village de Chaudenay situé à quelques kilomètres) qui créa une seigneurerie indépendante pour son fils Jean qui devient, suivant l’usage féodal, Jean 1er de Châteauneuf. Ce dernier prend ainsi ses propres armes en brisant les armes paternelles par la suppression des 3 coquilles en pointe. Par conséquent, les armes de Châteauneuf blasonnent : « D’or à la fasce de sable, accompagnées, en chef, de trois coquilles du même »

Dès le début, sa seigneurerie se trouve donc bien confortée et le château, situé en proue de la montagne d’où il domine la Vandenesse, jouit d’une vue lointaine, défense naturelle exceptionnelle. Jean 1er sait également qu’il peut compter en cas de besoin sur la proximité des seigneurs de sa famille (situés à Chaudenay et Mont-Saint-Jean). Des constructions peuvent donc s’édifier sans crainte à l’ombre du château et c’est ainsi que Châteauneuf naît à l’histoire...

En raison de sa position stratégique entre Dijon et Autun, Châteauneuf s'est fortement développé durant le moyen-âge. Sous la tutelle de son seigneur, le commerce fleurissait et de belles maisons de marchands furent construites en son sein. C'est au mois d'avril 1267 que le seigneur Jean III de Châteauneuf se signala par l'affranchissement des habitants du bourg qui furent appelés les "francs-bourgeois de Châteauneuf". Il publia une charte accordant l'affranchissement de mainmorte, de formariage et de serve condition. Il les délivrait par ce fait de la taille à volonté, ne les laissant plus soumis qu'à une redevance annuelle fixe portant sur la terre et non plus sur la personne.

Dès le XIVème siècle, le bourg devint très actif sur le plan commercial. Deux foires sont octroyées par le Duc Eudes IV, en faveur de Guyot de Châteauneuf en 1347 ; deux autres foires sont octroyées par le Duc de Bourgogne Philippe Le Bon, en faveur de Philippe Pot en 1459. A la fin du XIXème siècle il y avait six foires par an : les 2 janvier, 28 février, 9 avril, 8 juin, 23 août et 8 novembre. En outre un marché avait lieu tous les lundis.

L'activité commerciale soutenue de Châteauneuf au cours des siècles passés peut s'expliquer par la sécurité apportée par la présence du château et le bourg protégé par une enceinte, accessible seulement par trois portes : la Porte Guillaume au Sud, la Porte Nord et la Porte Huillier à l’est.

Cette activité peut s'expliquer également par la situation exceptionnelle du bourg : point de rencontre de trois régions économiques complémentaires, peu éloignées les unes des autres. Les échanges de produits se faisaient entre le vignoble de la région de Beaune, la région de la montagne avec ses grandes et épaisses forêts pour le bois et le charbon de bois comme combustible, et le pays d'Auxois pour ses productions animales et agricoles, notamment le blé. Il faut signaler également que le bourg de Châteauneuf était une étape sur un des nombreux chemins que les pèlerins empruntaient pour se rendre à Saint-Jacques-de-Compostelle. Dans le bourg subsiste les vestiges de l'Hôtel de Mépartistes qui accueillait autrefois les pèlerins.

 
De multiples témoignages de la prospérité du bourg demeurent encore de nos jours puisqu’on remarquera dans le village de nombreux vestiges et fragments d'architecture ancienne des XIVème, XVème, XVIème, XVIIème, XVIIIème siècles, ainsi que de belles demeures d'époque, certaines avec tourelles sur la rue, sculptures et blasons rappelant les propriétaires.

 
La plupart ont appartenu à des riches marchands bourguignons ou à des membres importants de l'entourage de Philippe Pot, Gouverneur des Flandres. Nous pouvons citer les noms de quelques propriétaires de ces anciennes demeures :

Les BICHOT (famille anoblie en 1627) qui occupaient des situations très honorables. Au-dessus de la porte de la maison se détache un médaillon rectangulaire taillé dans la pierre de Bouhey et orné de feuilles d’acanthes stylisées ; au centre repose une biche pattes croisées sur un os (biche-os = Bichot). On distingue également les initiales de Jehan Bichot qui occupait cette demeure en 1588.


Les BERBISEY, sous un cadran solaire le blason représente une brebis couchée.

Bien d'autres maisons méritent également l'attention et témoignent du passé du bourg.

Au-delà de la porte Nord du village, qui portait autrefois un blason avec l'inscription "Tout bien à Vienne", (le Comte Charles de Vienne se rendit acquéreur du château le 28 septembre 1627 pour la somme de 66000 livres), la voie romaine (Grand Chemin de Châteauneuf à Dijon) prend naissance sur la Chaume et permet d'accéder à l'ermitage de Saint-Julien (aujourd'hui en ruines) fondé en 1301 pour recueillir et soigner les lépreux, ensuite les pestiférés de Solle et de Châteauneuf.

Le nom des diverses places témoigne des foires passées : place du marché, place aux cochons, place aux bœufs, place aux chevaux, place aux moutons, ainsi que la grange aux ânes, bien que cette dernière n’ait probablement pas de rapport avec ces animaux mais soit plutôt une déformation du nom de l'ancien propriétaire "Lozane", d'où à l'origine "Grange Lozane".

La population : A la veille de la révolution, la population du village, ayant suivi une courbe ascendante, comptait environ 500 habitants (nombre jamais atteint auparavant) et on pouvait dénombrer à Châteauneuf : Recteur d'école (1), Laboureurs (12), Marchands (4), Cordonniers (4), Bourreliers (1), Vieille fille (1), Boulangers (3), Chirurgiens (2), Sergents (2), Charrons (2), Peigneur de chanvre (1), Menuisiers (3), Huilier (1), Manouvriers (10), Tailleurs d'habits (1), Garde de chasse (1), Notaires royaux (2), Greffier (1), Vivandier (1), Maréchaux (ferrants) (2), Meunier (1), Tanneur (1), Pâtre (1), Tissiers (tisserands) (4), Couvreurs de laves (2), Veuves (4), Boucher (1), Mendiants (12).

Châteauneuf était une bourgade florissante mais dans laquelle commerçants et artisans représentaient 85% de la population active contre 15% seulement pour le monde paysan. En effet, de la fin du XVe siècle et pendant tout le XVIe siècle avaient émergé de la population bon nombre de notables qui vivaient dans l’entourage du seigneur et qui, sous sa tutelle, administraient la châtellenie. Ecuyers, gentilshommes, notaires royaux, ecclésiastiques … se côtoyaient dans le bourg. C’est le temps où le village amorçait, pour se poursuivre pendant plus de trois siècles, la période la plus faste de son histoire. C’est sans nul doute l’importance prise par la cité, tant sur le plan sociologique que démographique, qui, quelques années plus tard, valut à la commune de Châteauneuf, alors dénommée Montfranc, d’être élevée au rang de chef-lieu de canton du district d'Arnay. Cette prospérité se poursuivit pour trouver son apogée en 1826 avec une population recensée de 524 habitants.

A partir de 1830, le déclin démographique s’amorça et se poursuivit inéluctablement avec l’exode rural provoqué notamment par la construction du canal de Bourgogne et des réservoirs entre 1822 et 1838 et ensuite par la construction des lignes de chemin de fer et leur mise en service à partir de 1850.
Population recensée en 1859 : 377 habitants, en 1990 : 86 habitants, en 2017 : 93 habitants.

 

Depuis près de 885 ans, le village de Châteauneuf, tel qu'il s'est développé après la construction du château, domine la vaste plaine de l'Auxois.
 Châteauneuf il y a une soixantaine d'années

En 2019